Laurence en tant que bénévole de la Maison de Quartier St Nicolas, à Romans, nous présente une initiative originale répondant à des besoins alimentaires.
En décembre, je participais en tant que bénévole à un programme d’échange européen entre centres sociaux. Notre première étape était une semaine d’échanges en Belgique, dans l’agglomération de Liège.
Le centre social dans lequel je suis bénévole, dans la Drôme, est en train de monter un projet de conserverie mobile et solidaire. Nous recherchions des info à partager avec d’autres projets du même type. Et il se trouve que la Province (équivalent d’une communauté de communes) de Liège a mis en place, depuis 2014, une conserverie solidaire mobile hébergée dans un camion. A l’occasion de cet échange, je suis donc allée rencontrer une des personnes qui travaille sur ce projet, porté par l’Ecole Provinciale Postscolaire d’Agriculture basée dans la commune de Huy : Mme Justine Monami. J’ai pu lui poser des questions sur le projet et visiter le camion-conserverie.
Bref résumé de notre entretien, illustré par des photos de la conserverie « à 4 roues » :
Courant 2013 : montage du projet porté par le directeur de l’Ecole Provinciale Postscolaire d’Agriculture. Le constat de départ qui a motivé ce projet : « Beaucoup de gaspillage alimentaire avec les invendus agricoles, les produits laissés dans les champs, qui pourraient être transformés en conserves ».
Fin 2013 : deux personnes embauchées pour travailler à la concrétisation de ce projet, grâce à des subsides de la Province et des subsides « sociaux ».
Janvier 2014 : démarrage du projet ; embauche d’une autre personne.
Juin 2014 : inauguration officielle.
Eté 2014 : démarrage des premiers ateliers et des premières formations.
Aspects matériels
Au départ, ils avaient opté pour l’achat d’un camion neuf qu’ils aménageraient entièrement. Finalement, ils en ont trouvé un d’occasion, déjà aménagé par un traiteur ambulant (gain de temps et de financements sur l’installation électrique, les évacuations d’eau, l’installation du gaz, une partie du mobilier…).
Pour faire les conserves avec les publics ciblés, ils ont opté pour plusieurs stérilisateurs pasteurisateurs ménagers électriques (cf photo, à droite) plutôt que pour un autoclave (prend beaucoup de place, a une plus grosse consommation en énergie, moins simple d’utilisation en groupes, moins adapté pour montrer « comment faire chez soi »).
Dans la pratique, le camion peut accueillir un groupe de 12 personnes maximum, 8 personnes étant plus proche du maximum « confortable ».
Ils ont embauché un chauffeur poids lourd, car ce permis est obligatoire pour ce type de véhicules.
Animation de la conserverie
Même si l’idée de départ était de faire des conserves de fruits et légumes (pas de produits animaux) avec des particuliers et des agriculteurs (maraîchage voire arboriculture), les animateurs du projet n’ont réalisé que très peu d’actions de transformation avec des agriculteurs. Pour ceux avec qui ils ont travaillé dans la conserverie, il s’agissait de s’essayer à une première transformation, afin de tester la vente de ces produits et ainsi voir si un investissement dans un atelier de transformation serait envisageable. Pas de « travail à façon » : les agriculteurs sont formé à utiliser le matériel de manière à être autonomes et à faire eux-mêmes leurs conserves.
La réalisation de bocaux dans la conserverie est peu envisageable pour les agriculteurs car la législation locale entraîne beaucoup de contraintes administratives dans ce cas particulier.
Le projet s’est donc beaucoup plus orienté vers les particuliers et surtout vers les publics dits « en difficulté sociale ». C’était un des axes du projet initial. L’augmentation du temps d’animation consacré à cet axe de travail, devenu majoritaire, a été conforté par l’obtention d’une subvention du Fond Social Européen en 2015 (subvention 2015-2020).
Les animatrices du projet travaillent majoritairement avec des groupes déjà constitués, en partenariat avec des associations sans but lucratif qui sont des acteurs sociaux. Ces associations regroupent des personnes qui travaillent sur des projets de production alimentaire (beaucoup de jardins collectifs) voire, parfois, de la récupération alimentaire. D’autres fois, ces associations regroupent des personnes intéressées qui ont un jardin privatif.
Actuellement, les animateurs de cette conserverie solidaire proposent 4 modules de formation autour de « la transformation et la conservation des fruits et légumes » :
- module 1 : pratique de cette transformation, dans le respect des règles d’hygiène, avec des info sur l’étiquetage et la traçabilité, destiné aux demandeurs d’emploi (durée : 4,5 jours)
- module 2 : destiné au personnel d’encadrement de structures d’insertion socio-professionnelles (durée : 4,5 jours) ; mêmes axes thématiques que le module 1.
- module 3 : pour les producteurs en vue d’une diversification (durée : 1,5 jours) ; mêmes axes thématiques que le module 1.
- module 4 : destiné également aux producteurs en vue d’une diversification + aux personnes « éloignées de l’emploi » (intitulé propre à la Belgique et à son système d’aide sociale) Durée : 1 jour + des stages. Thématique plus axée sur la réglementation, la logistique et la vente.
Pour en savoir plus : www.conserveriesolidaire.be
École Provinciale Postscolaire d’Agriculture
Quai de Compiègne, 4
4500 HUY
conserverie.solidaire@provincedeliege.be
Tél. : 019/69.66.92
Cette conserverie est impliquée dans un réseau d’acteurs : la « Ceinture aliment-terre liégeoise »
« Les problèmes qu’engendre l’agriculture intensive sont nombreux (…). Pour y faire face, de nombreux projets ont vu le jour ces dernières années, notamment autour de Liège, avec comme objectif de favoriser les circuits courts entre producteurs et consommateurs et une agriculture durable et locale. C’est pour donner un souffle nouveau à ces projets que plusieurs partenaires liégeois se sont réunis au sein de la « Ceinture aliment-terre liégeoise ». Le projet, qui a vu le jour en 2012, souhaite accompagner et structurer les projets déjà existants mais aussi favoriser la création de nouvelles initiatives. Il s’agira de créer des chaînons manquant entre les projets, de mutualiser les outils, de travailler sur des innovations techniques, etc.
Les partenaires de la « ceinture aliment-terre liégeoise » veulent, plus largement que la part locale des biens alimentaires consommés en Province de Liège grandisse de manière significative dans les années qui viennent. »
A découvrir sur ces deux articles : http://www.saw-b.be/spip/Ceinture-Aliment-Terre-Liegeoise,578
http://www.saw-b.be/spip/Ceinture-aliment-terre-liegeoise-961